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Il y a quelque chose d'étrange dans la façon dont on vit le football quand on est loin. Les matchs de la Seleção ne se regardent pas dans les stades, rarement dans les bars du quartier d'enfance. On les regarde dans des appartements de Lyon, de Bruxelles, de Genève ou de Luxembourg, avec un décalage horaire d'une heure, parfois deux, et ce sentiment particulier d'être à la fois dedans et dehors — Portugais de sang, Européens de papier, supporters de toujours.

La Coupe du Monde 2026 commence le 11 juin. Pour la première fois de l'histoire, 48 équipes s'affrontent sur trois pays — les États-Unis, le Canada, le Mexique. Le Portugal est là, dans le Groupe K, aux côtés de la Colombie, de la RD Congo et de l'Ouzbékistan. Sur le papier, la qualification pour le deuxième tour ne fait guère de doute. Ce qui fait doute, ce qui a toujours fait doute, c'est la suite.

Une génération sans excuse

Roberto Martínez dispose aujourd'hui d'un effectif que peu de sélectionneurs dans le monde peuvent envier. Vitinha dicte le tempo au milieu. Bruno Fernandes et João Neves construisent, provoquent, déséquilibrent. Rúben Dias verrouille la défense. Nuno Mendes, sur le côté gauche, est l'un des latéraux les plus constants d'Europe. Et puis il y a Cristiano Ronaldo — 41 ans, toujours là, toujours une équation ouverte.

C'est une génération qui n'a plus d'excuse. Le titre européen de 2016 a ouvert une porte. La Ligue des Nations de 2019, puis de 2025, a confirmé la solidité du système. Ce qui manque depuis, ce n'est pas le talent — c'est l'audace de l'assumer pleinement, de mordre quand il le faut.

La préparation a été sérieuse. En mars, le Portugal a conclu ses matchs amicaux par une victoire 2-0 contre les États-Unis à Atlanta — 700ème rencontre de son histoire, victoire sobre, le genre de résultat qui construit sans faire de bruit. Le dernier test avant le Mondial sera contre le Nigeria, le 10 juin à Leiria — ultime répétition générale avant l'entrée en compétition le lendemain.

La liste des 26 convoqués sera annoncée mardi 19 mai à 14h par Roberto Martínez depuis la Cidade do Futebol à Oeiras. Les cadres — Ronaldo, Bruno Fernandes, Vitinha — ne font guère de doute. Les arbitrages sur les blessés et les surprises potentielles, eux, restent entiers.

📋 Portugal · Coupe du Monde 2026

Groupe K : Portugal · RD Congo (17/06) · Ouzbékistan (23/06) · Colombie (28/06)

Début du tournoi : 11 juin 2026

Annonce liste officielle : mardi 19 mai, 14h, Cidade do Futebol

Dernier match de préparation : Portugal — Nigeria, 10 juin, Leiria

Joueurs attendus : Ronaldo (41 ans), Bruno Fernandes, Vitinha, João Neves, Nuno Mendes, Rúben Dias

Palmarès mondial : aucun titre — c'est tout l'enjeu

Ce que nous attendons, nous

La lusophonie n'est pas une identité monolithique. Entre celui qui a quitté le Minho dans les années soixante-dix et celui qui est né à Paris de parents angolais, entre la deuxième génération qui jongle entre deux langues sans se sentir pleinement à sa place dans aucune, et le migrant récent encore ancré dans le quotidien lisboète — les points de contact sont moins évidents qu'il n'y paraît. Sauf un.

Quand la Seleção joue, quelque chose se suspend. Non pas l'identité — elle ne disparaît pas entre deux matchs — mais la nécessité de la négocier. Ces soirs-là, on n'est ni d'ici ni de là-bas. On est simplement avec. La nuance est mince mais elle compte : ce n'est pas le repli, c'est la reconnaissance.

« Quand la Seleção gagne, nous gagnons quelque chose que personne ne peut nous retirer — la preuve que ce pays que nous portons en nous existe aussi aux yeux du monde. »

L'attente de 2026 est donc double. Il y a l'attente sportive — rationnelle, analytique, nourrie de compositions probables et de statistiques de groupe. Et il y a l'attente affective, plus ancienne, plus profonde, celle qui remonte à 1966 et à Eusébio en larmes, à 2016 et à Eder qui surgit de nulle part, à toutes ces nuits où le Portugal a failli avant de tenir.

L'ombre de Ronaldo

Il faut parler de Cristiano Ronaldo, parce que tout le monde y pense sans toujours oser le formuler clairement. À 41 ans, il sera presque certainement à sa dernière Coupe du Monde. La question n'est plus de savoir s'il est encore le meilleur — il ne l'est probablement plus. La question est de savoir si Roberto Martínez aura le courage de construire l'équipe autour de ce qu'elle est devenue, plutôt que de la gérer autour de ce qu'il représente.

Pour la diaspora, Ronaldo n'est pas simplement un footballeur. Il est une démonstration permanente que venir de peu, venir de loin, venir d'un petit pays à l'extrémité de l'Europe n'interdit rien. Son départ éventuel de la sélection nationale sera un deuil — pas sportif, culturel. Mais ce deuil, s'il arrive enfin après un titre mondial, sera le plus beau des adieux.

Dans un mois, des milliers de personnes regarderont ces matchs seules, depuis des villes où personne autour d'elles ne comprend vraiment ce que ça représente. Ce silence-là — pas d'hostilité, juste d'incompréhension — est peut-être ce qui définit le mieux l'expérience de la diaspora face au football. On n'a pas besoin de partager pour ressentir. On a juste besoin que ça existe, que ça gagne, que ça prouve encore une fois que ce pays qui nous habite n'est pas une invention.

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